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Khazma : un site rural basaltique révélant l’architecture et l’histoire du sud-est de Swaida

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Al-Hajali, Waddah. Field documentation, 2026

1. Introduction

La région méridionale de Swaida se distingue par la richesse de son architecture basaltique, dont l’usage remonte aux périodes romaine et byzantine. La permanence de ces constructions à travers les siècles témoigne de la solidité et de la durabilité de cette pierre volcanique. Au sein de ce paysage, le site de Khazma s’impose comme un lieu d’étude particulièrement intéressant — non pas en tant que centre urbain, mais comme exemple d’un habitat rural à phases d’occupation multiples.

La présente étude examine le site de Khazma, situé à l’extrême sud-est de Swaida, et l’inscrit dans le contexte basaltique du sud du Bilād al-Shām (Grande Syrie). Son objectif est de décrire le village et ses caractéristiques architecturales. Les résultats préliminaires de la mission de l’Université de Princeton montrent que Khazma constitue un modèle typique d’établissement rural basaltique, remarquable par la réutilisation d’éléments architecturaux plus anciens.

2. Contexte géographique et historique

Khazma s’étend sur les rives d’un wadi saisonnier — un couloir naturel qui sépare les hauts plateaux basaltiques du sud des plaines orientales. Cette position stratégique la relie à un réseau de sites archéologiques majeurs, soulignant son rôle de point d’articulation entre eux.

Au nord, à environ 5 km, se trouve le village de Malah (également appelé Malah al-Sarar), un ancien centre administratif entouré de diverses ruines. Des inscriptions nabatéennes y ont été découvertes — l’une gravée sur un linteau, une autre sur une statue — tandis que des croix et des symboles ghassanides ornent les encadrements de portes. Le village comprend également une tour remarquable et d’anciens bassins d’eau. Les vestiges d’architecture romano-byzantine de Malah rappellent ceux de Khazma, notamment par la présence de modestes églises et de dallages similaires.

Au sud-ouest, à 7 km de là, se situe Amtan, un site nabatéen-romain-byzantin présentant des inscriptions comparables et un plan de rues en quadrillage. À l’est s’étend la steppe (al-Badiya), qui borde directement Khazma, conférant à cette dernière une fonction stratégique de liaison entre la montagne et les plaines pastorales.

Les témoignages archéologiques de Khazma révèlent plusieurs phases historiques distinctes :

  • Période classique (IIe–IVe siècles apr. J.-C.) : établissement de type romain, doté d’un réseau de rues en quadrillage, de portes monumentales et de vastes demeures servant probablement aux réunions ou aux activités commerciales.
  • Période byzantine (Ve–VIIe siècles) : caractérisée par la présence d’une église double et d’arcs intérieurs.
  • Première période islamique (VIIe–XIIIe siècles) : réutilisation des portes romaines à des fins défensives après la conquête islamique, avec l’ajout de battants massifs.
  • Phase patrimoniale moderne (XXe siècle) : reconstruction locale utilisant des matériaux remployés issus des ruines romaines et byzantines.

3. Description architecturale

Architecture résidentielle

Khazma semble avoir été un village rural prospère, comme en témoignent la taille et le raffinement de ses maisons. Ses rues sont bien tracées, relativement droites et bordées de trottoirs en pierre surélevés. De nombreuses habitations se composent d’un seul niveau voûté ou de deux étages renforcés ; certaines, plus vastes, comportent deux niveaux voûtés et jusqu’à trois ou quatre étages supérieurs, à l’image des constructions du village de Majdal.

Une structure partiellement conservée révèle une maison à trois niveaux, avec une large fenêtre et une entrée à l’étage supérieur sur la façade principale. L’encadrement de la porte porte une petite niche sculptée au-dessus du linteau — un motif décoratif typique. L’étage inférieur est encombré des débris de planchers et de voûtes effondrés. Plusieurs portes présentent des linteaux sculptés donnant sur des cours intérieures, parfois ornés de chapiteaux intégrés sous leurs arcs — un décor également observable dans les cités basaltiques de Bosra et de Shahba.

Parmi les éléments les plus remarquables de Khazma figurent ses grandes portes basaltiques : dix-sept imposants passages répartis dans le tissu résidentiel. Ces portes de pierre, finement taillées, à un ou deux battants (2,5 à 3 mètres de hauteur pour un poids de 1 à 2 tonnes), fermaient les ruelles et les accès des maisons. Leur aspect monumental pose question : auraient-elles évolué d’une fonction urbaine romaine vers un usage militaire, rappelant les portes fortifiées des fortins omeyyades du désert ?

Architecture religieuse

Au centre du village se dresse une église double de plan basilical simple (20 m de long, murs basaltiques crépis). L’église méridionale, symétrique et sobre, est bâtie en basalte brun poreux, taillé en blocs presque carrés. Hormis la toiture, l’édifice est largement conservé. La nef, presque carrée, est couverte d’un unique arc transversal ; le sanctuaire, de forme rectangulaire, est flanqué de deux pièces latérales étroites sur deux niveaux.

L’église adjacente, quasiment intacte mais obscurcie en raison de fenêtres murées, possède une nef carrée légèrement plus petite et un seul arc de soutien. Son sanctuaire, décalé latéralement, est accompagné d’une unique pièce latérale au nord, beaucoup plus vaste que celles de l’autre église. Un passage intérieur relie les deux bâtiments. Les fenêtres, petites et hautement placées, laissent à peine filtrer la lumière. L’intérieur, d’une grande simplicité, montre encore des traces d’enduit indiquant que les murs rugueux étaient autrefois recouverts de plâtre.

Rues et cours

Khazma conserve un réseau de rues relativement rectilignes (3 à 4 m de large), bordées de trottoirs en pierre surélevés et jalonnées d’environ 28 grandes maisons couvrant chacune entre 150 et 250 m².

Les linteaux de portes affichent des corniches végétales classiques d’inspiration romaine — moulures saillantes sculptées de feuilles d’acanthe profondément gravées (5 à 10 cm de profondeur), un style décoratif identique à celui observé à Bosra.

Les cours présentent des plans de type atrium byzantin : un espace central ouvert aligné sur l’entrée principale, entouré d’arcs intérieurs arrondis soutenant les étages supérieurs. Cette disposition architecturale favorise la circulation de la lumière et de l’air — une adaptation ingénieuse au climat chaud et aride de la région.

4. Conclusion et discussion

Comparée à Malah, la voirie en pierre présente des caractéristiques similaires, mais Khazma se distingue par une continuité beaucoup plus marquée. À Malah, les trottoirs sont constitués de dalles basaltiques surélevées d’environ un mètre de largeur, tandis qu’à Khazma, ils forment un ensemble continu, s’intégrant sans interruption au réseau actuel des ruelles, contrairement à la discontinuité observée à Malah.

Les deux localités possèdent des églises simples à nef unique, recouvertes d’un enduit jaunâtre. Cependant, Khazma se distingue par la présence d’une église byzantine double. Selon les archives de Butler, cet édifice présente une configuration atypique : ses murs étaient recouverts d’un enduit rouge et jaune évoquant un art mural byzantin élaboré, comparable à celui de la Jérash septentrionale, mais appliqué ici dans un contexte rural plus restreint (environ 300 à 400 m²). Cet élément différencie nettement Khazma de Malah, dont les églises indépendantes ne dépassent pas 15 mètres de longueur.

À Khazma-as-Safia, la conception basaltique des portes “ḥalas” (ou portails urbains) est similaire par sa forme et ses dimensions. Les constructions y reposent sur un appareil de pierre basaltique et comportent des entrées fortifiées, témoignant d’une occupation continue depuis l’Antiquité, bien que certains établissements aient décliné à des époques ultérieures.

À Imtan, l’influence nabatéenne est manifeste dans les corniches végétales ondulantes et les motifs décoratifs, tandis que Khazma intègre des arcs d’inspiration romaine, combinant plusieurs styles dans un village basaltique à phases multiples, fondé en grande partie sur la réutilisation d’éléments architecturaux anciens.

À Bosra, les grandes portes ḥalas représentent le prototype romain direct dont dérivent les versions monumentales de Khazma. Dans la steppe orientale, ces portes furent renforcées par des battants de pierre massifs (pesant de 1 à 2 tonnes), adaptés aux besoins défensifs tribaux contre les razzias.

Ainsi, Khazma s’impose, dans le sud du Bilād al-Shām, comme un exemple remarquable de l’interaction entre les traditions architecturales romaine (rues en quadrillage et portails civiques), byzantine (église double et arcs intérieurs) et islamique ancienne (réutilisation défensive), le tout intégré dans un tissu basaltique d’une grande résistance, conçu pour supporter les secousses sismiques.

Khazma représente donc une étude de cas essentielle pour l’architecture rurale de Swaida : elle illustre une adaptation réussie à l’environnement basaltique, une créativité dans la réutilisation constructives au fil des siècles, ainsi qu’une continuité d’occupation prolongée — parfois interrompue par des périodes de sécheresse ou de conflit.

Cette étude préconise la réalisation d’une campagne archéologique de terrain complète, incluant des fouilles systématiques, une analyse stratigraphique et une documentation architecturale détaillée, afin de préserver le précieux témoignage que ce site offre sur la civilisation rurale et la persistance de l’habitat dans le sud du Levant.

Bibliographie

  • Butler, Howard Crosby. Publications of the Princeton University Archaeological Expeditions to Syria in 1904–1905 and 1909, Division II: Architecture and Itinerary, Section A: Southern Syria (Part 2). Leyde : Brill, 1914.
  • Ambraseys, Nicholas. Earthquakes in the Eastern Mediterranean and the Middle East: A Multidisciplinary Study of 2000 Years of Seismicity. Cambridge : Cambridge University Press, 2009.
  • Al-Tabari, Muhammad ibn Jarir. Tarikh al-Rusul wa al-Muluk (al-Târîkh al-Kabîr), tome IX. Éd. Muhammad Abu al-Fadl Ibrahim. Le Caire : Dâr al-Ma‘ârif, 1879.
  • Al-Bilâdhari, Ahmad ibn Yahya. Futûh al-Buldân. Éd. Salah al-Dîn al-Munajjid. Beyrouth : Dâr al-Kutub al-‘Ilmiyya, 1866.
  • Peeters, Paul. Bibliotheca Hagiographica Orientalis. Bruxelles : Société des Bollandistes, 1930.
  • Al-Hajli, Wadah. Collecte de terrain, documentation de Khazma, 2026. (Document de terrain non publié, Swaida).



P.S. : Le texte original, soumis par l’auteur en arabe, a été traduit en français et/ou en anglais à l’aide d’outils d’intelligence artificielle, avec une révision humaine ultérieure afin d’en garantir l’exactitude. La version arabe originale demeure la référence définitive pour les idées, les arguments et le contenu scientifique de l’auteur, et elle est consultée en cas de divergences ou de difficultés d’interprétation entre les différentes versions linguistiques.

Citation

Al-Hajali, W. (2026). Khazma : un site basaltique rural révélant l’architecture et l’histoire du sud-est de la Swaida. Swaida Intellectual Digital Magazine, 1(4). https://doi.org/10.5281/zenodo.19422816


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