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Les petites et moyennes entreprises (PME) et leur rôle dans le développement de l’économie de Soueïda

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Prof. Dr Bian Hani Harb

« Les petites et moyennes entreprises et leur rôle dans le développement de l’économie de Soueïda »
( Qui ne prend pas soin du petit n’atteint pas le grand )

Introduction

Définition des petites et moyennes entreprises

En réalité, il n’existe pas de consensus général — notamment au niveau académique — quant à la définition des petites et moyennes entreprises. Cela s’explique par la diversité des indicateurs utilisés pour les caractériser, parmi lesquels :

  • La nature du système économique du pays.
  • Les critères retenus pour distinguer les entreprises petites, moyennes ou grandes, tels que :
    • Le nombre de travailleurs.
    • Le volume du capital.
    • Le niveau de technologie utilisée.

De manière générale, ces définitions varient d’un pays à l’autre. Au Royaume-Uni, par exemple, la classification diffère selon les secteurs : une entreprise peut être considérée comme petite dans l’industrie chimique, mais ne pas l’être dans le secteur de l’ingénierie, même en appliquant les mêmes critères.

Le Comité américain pour le développement économique a, pour sa part, défini un ensemble de caractéristiques propres aux petites entreprises :

  • Une gestion indépendante, généralement liée directement au propriétaire.
  • Une propriété individuelle ou détenue par un nombre restreint d’associés.
  • Un champ d’activité géographiquement limité.
  • Une taille réduite par rapport au secteur d’activité concerné.

Dans les pays en développement, les définitions des PME présentent des variations importantes, souvent liées à la nature du système économique ainsi qu’au niveau de développement.

À titre d’exemple :

  • En Indonésie, une entreprise est considérée comme petite lorsqu’elle emploie entre 5 et 9 travailleurs.
  • En Jordanie, une petite entreprise ne dépasse pas quatre employés, tandis que les entreprises moyennes comptent entre 5 et 9 travailleurs.
  • En Syrie, la législation définit les petites entreprises comme celles employant neuf personnes ou moins, et les entreprises moyennes comme celles employant entre 10 et 30 travailleurs ; au-delà, il s’agit de grandes entreprises.

Compte tenu de l’augmentation du recours aux technologies et de la diminution relative du nombre de travailleurs nécessaires, l’analyse se concentrera ici sur les entreprises employant dix personnes ou moins.

Importance des PME dans l’économie de Soueïda aujourd’hui

De manière générale, les PME, quel que soit leur secteur d’activité, présentent un ensemble de caractéristiques particulièrement pertinentes dans le contexte actuel de Soueïda, et qu’il convient de valoriser :

  1. Le recours à des méthodes traditionnelles dans la gestion des processus de production.
  2. Une intensité relativement élevée en main-d’œuvre, associée à un faible usage des technologies avancées.
  3. Leur accessibilité aux personnes à faibles revenus, du fait de besoins limités en capital.
  4. Des résultats rapides, parfois immédiats, répondant à l’urgence des besoins de la population soumise à de fortes pressions en raison de la guerre et de l’offensive violente menée par les forces de Hay’at Tahrir al-Sham et des groupes tribaux alliés, qui ont causé des destructions importantes aux biens, aux terres et aux populations locales.
  5. Une présence dans la plupart des secteurs économiques, avec des niveaux d’intensité variables, notamment :
    • Le secteur des services.
    • Le secteur industriel.
    • Le secteur agricole, actuellement le plus crucial, en raison de l’abondance des précipitations et du renforcement des ressources hydriques, tant souterraines que de surface. Cela encourage les activités agricoles et l’exploitation des terres disponibles dans l’ensemble de la région montagneuse. Ce secteur constitue également la base d’activités économiques connexes, telles que :
      • La production animale : élevage de bétail, de volailles, d’abeilles et d’oiseaux.
      • La transformation agroalimentaire : notamment le traitement des produits agricoles (jus, conserves, production domestique), en lien avec des traditions locales favorisant l’économie familiale.
  6. Leur principal atout — en particulier pour les petites entreprises — réside dans leur large diffusion géographique, notamment dans les zones rurales, ce qui traduit leur faible dépendance à des infrastructures complexes et leur capacité à mobiliser les ressources locales disponibles.
  7. Leur capacité à employer une main-d’œuvre rurale à des coûts modérés, sans nécessiter de qualifications élevées.
  8. Leur rôle potentiel de soutien et de développement pour de futures grandes entreprises, notamment dans l’hypothèse d’une autonomie locale accrue et d’une capacité d’autodétermination pour Soueïda — une aspiration de plus en plus partagée par une grande partie de la population locale.

Résultats et implications

Il ressort de ce qui précède que les PME peuvent constituer des solutions particulièrement adaptées à la situation actuelle de Soueïda, en raison des avantages spécifiques qu’elles offrent et que d’autres types d’entreprises peinent à fournir. Parmi ces apports :

  1. La contribution à la réduction du chômage, en particulier dans les zones rurales.
  2. Le renforcement de la sécurité sociale, compte tenu du lien entre chômage et augmentation de la criminalité.
  3. La limitation de l’exode rural vers les villes, qui constitue un problème majeur dans la région.
  4. L’adéquation avec les traditions sociales favorisant l’autosuffisance des ménages, héritage historique qui devient, dans le contexte actuel, une stratégie économique et sociale pertinente, en renforçant la coopération familiale et la solidarité.
  5. Une meilleure répartition des revenus, la stimulation de l’initiative individuelle et de la créativité, ainsi que la préservation de la dignité humaine à travers la réduction de la dépendance à l’aide extérieure et la valorisation des capacités locales.

Contraintes et obstacles auxquels font face les PME à Soueïda

Les petites et moyennes entreprises à Soueïda font actuellement face à un ensemble de contraintes que l’on peut résumer comme suit :

Contraintes financières :
Elles concernent principalement l’accès au financement, que l’on peut considérer comme la problématique centrale à l’origine de nombreuses autres difficultés auxquelles ces entreprises sont confrontées. Cela impose une réflexion approfondie sur cette question stratégique et fondamentale, en particulier en ce qui concerne le financement des petites entreprises et des projets familiaux.

À cet égard, de nombreux pays ont mis en place des institutions financières spécialisées visant à soutenir et développer les PME, afin de leur permettre d’assumer pleinement leurs fonctions économiques et sociales.

Contraintes administratives :
Elles se traduisent par la faiblesse relative des performances managériales des responsables de ces entreprises, ainsi que par les formes organisationnelles qui régissent les relations entre les entreprises elles-mêmes et avec les autres acteurs, qu’ils soient publics ou privés.
On peut avancer que ces contraintes sont parmi les plus difficiles à surmonter, en raison de l’écart entre les pratiques administratives existantes et les standards contemporains en matière de gestion, de marketing et de production. Les marchés actuels exigent une adaptation rapide, une capacité d’intégration des méthodes modernes d’organisation, ainsi qu’une flexibilité constante dans un environnement en mutation, où l’investissement dans les technologies avancées et les critères de réussite institutionnelle à long terme devient indispensable.

Contraintes marketing :
Les marchés connaissent aujourd’hui des transformations profondes sous l’effet du rôle déterminant du consommateur, dont les préférences et les comportements façonnent directement la nature des biens et services proposés. Dans ce contexte, les méthodes de marketing traditionnelles ne permettent plus de maintenir des parts de marché stables.
Les PME sont également confrontées à la concurrence des grandes entreprises, ce qui renforce la complexité de leur positionnement. Dès lors, la dimension marketing devient un enjeu majeur nécessitant des réponses adaptées de la part des gestionnaires et des structures d’appui.
Toutefois, dans le contexte actuel de Soueïda, ces contraintes peuvent être relativement atténuées, dans la mesure où la demande dépasse l’offre. En outre, l’objectif principal du développement des PME à ce stade est d’ordre social plutôt que strictement lucratif, bien que la rentabilité demeure essentielle à long terme.

Contraintes techniques et productives :
Elles résultent d’un manque de qualification et de formation des travailleurs en adéquation avec les évolutions technologiques récentes, ainsi que de la difficulté d’accéder à des technologies avancées dans des conditions abordables.

. Ces difficultés peuvent être liées à des facteurs financiers, techniques ou encore à une préparation insuffisante des ressources humaines pour maîtriser ces outils.

Contraintes juridiques et législatives :
Elles concernent le cadre réglementaire régissant l’activité des PME, notamment en matière de fiscalité et de législation relative à l’importation et à l’exportation, entre autres.
Il apparaît nécessaire d’adopter une certaine flexibilité dans l’application de ces règles, au moins dans la phase actuelle, en attendant l’élaboration d’un cadre juridique plus adapté à l’organisation de ce secteur économique essentiel dans le contexte présent.

Recommandations et propositions d’action

Sur la base d’expériences pratiques et d’une implication directe dans la gestion de fonds onusiens et internationaux, il est possible de formuler un ensemble de recommandations visant à valoriser un secteur vital et distinctif, celui des petites et moyennes entreprises (PME) à Soueïda. L’objectif est de contribuer à lever les contraintes existantes et à améliorer la performance de ce secteur afin de renforcer son rôle dans le développement durable de la société locale.

Le principe fondamental guidant le développement de ce secteur peut être résumé par la formule suivante :
« Si l’échec appelle le changement, le succès l’exige tout autant. »
Un accompagnement continu et direct demeure indispensable, en particulier durant les phases initiales des projets, où les risques sont élevés et dépassent souvent les capacités des entrepreneurs débutants.

Les expériences de nombreux pays confirment l’importance stratégique des PME pour la création d’emplois, avec des investissements relativement limités. Cette dynamique peut s’appuyer, dans le cas de Soueïda, sur un capital humain riche : diplômés d’universités et d’instituts, formations techniques et professionnelles, ainsi qu’un large tissu de métiers indépendants. Cet atout constitue un levier essentiel pour assurer une gestion efficace et un encadrement structuré de ces projets.

Dès lors, une question centrale se pose : comment initier efficacement le soutien et assurer le succès de ces entreprises ?

Pour y répondre, une feuille de route préliminaire, structurée en phases, peut être proposée :

Première phase :
Constituer une équipe technocratique, définie en fonction des compétences requises, chargée d’élaborer un plan d’action adapté aux réalités actuelles de Soueïda.

Deuxième phase :
Réaliser une étude diagnostique initiale visant à analyser les conditions de fonctionnement des PME selon les différentes zones géographiques de Soueïda, à identifier leur état actuel ainsi que les besoins prioritaires propres à chaque région.
Parallèlement, il convient d’identifier de manière systématique les contraintes qui entravent leur développement, afin de fournir à l’équipe de travail et aux parties prenantes une vision claire et fondée, permettant de formuler des solutions appropriées.

Troisième phase :
Élaborer et mettre en œuvre un plan d’action opérationnel immédiat, visant en priorité à lever les principaux obstacles, puis à soutenir la création et le développement des entreprises. Dans ce cadre, les recommandations suivantes peuvent orienter l’élaboration d’une stratégie efficace :

  1. Dimension financière :
    L’accès au financement demeure le principal obstacle au développement de ce secteur. Une solution envisageable consiste à créer un fonds spécialisé à but non lucratif, chargé de financer les projets après évaluation de leur viabilité, tout en assurant un suivi rigoureux afin de renforcer les capacités des porteurs de projets.
    La réussite d’un tel mécanisme suppose la disponibilité de ressources humaines qualifiées, capables de gérer ce fonds وفق des critères de performance objectifs et des indicateurs mesurables, notamment au regard des risques liés aux garanties, au remboursement des prêts et aux engagements financiers.
  2. Dimension organisationnelle :
    Il est nécessaire de mettre en place une instance de référence unique — telle que l’ancienne Union des artisans, les chambres agricoles, industrielles et commerciales, ou encore une coopérative créée à cet effet — afin de structurer le secteur, d’en assurer la coordination et de construire une vision d’ensemble.
    Cela doit s’accompagner d’un cadre réglementaire simplifié, visant à réduire les lourdeurs bureaucratiques.
  3. Dimension managériale :
    Les capacités de gestion au sein de nombreuses PME révèlent un déficit notable en matière de pratiques administratives, productives et commerciales modernes. Il est donc nécessaire de mettre en place des formations de base à destination des ressources humaines, sous forme de sessions spécialisées gratuites assurées par des experts en gestion, marketing et production.
  4. Dimension marketing :
    Les stratégies de commercialisation doivent constituer un axe central du travail de l’équipe en charge du secteur. Il s’agit de concevoir des mécanismes adaptés permettant d’aider les entrepreneurs à écouler leur production dans un contexte marqué par une forte instabilité.
    L’équipe devrait également mettre en place des formes d’organisation collective facilitant l’accès au marché et réduisant les risques liés à la concurrence, particulièrement lorsque les entreprises opèrent de manière isolée.
    Par ailleurs, il sera essentiel d’anticiper l’évolution des stratégies marketing après stabilisation du contexte, en intégrant le comportement du consommateur comme facteur déterminant dans la définition de l’offre.
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