{"id":6004,"date":"2026-03-01T00:05:24","date_gmt":"2026-03-01T00:05:24","guid":{"rendered":"https:\/\/swaidamag.com\/?p=6004"},"modified":"2026-04-01T10:53:40","modified_gmt":"2026-04-01T10:53:40","slug":"the-druze-within-the-boundaries-of-trauma-and-collective-memory","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/swaidamag.com\/fr\/the-druze-within-the-boundaries-of-trauma-and-collective-memory\/","title":{"rendered":"Les Druzes aux limites du traumatisme et de la m\u00e9moire collective"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/swaidamag.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6004?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/swaidamag.com\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\" \/><\/a><\/div>\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sami Daoud<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Introduction<\/strong><br>Le g\u00e9nocide g\u00e9n\u00e8re chez ses survivants une conscience de la n\u00e9cessit\u00e9 de se r\u00e9organiser selon une conception identitaire radicalement diff\u00e9rente. Lorsque la cause m\u00eame de la distinction d\u2019un groupe devient celle de son ciblage, la violence qu\u2019il subit se transforme en m\u00e9canisme par lequel le groupe red\u00e9finit lui-m\u00eame et la mani\u00e8re dont il est per\u00e7u aux yeux de ses ennemis. D\u00e8s lors, sa relation avec la soci\u00e9t\u00e9 dont il se pensait partie int\u00e9grante et par laquelle il a \u00e9t\u00e9 soumis au g\u00e9nocide se fissure, et il tisse pour son identit\u00e9 son propre lien, se concevant comme partie int\u00e9grante de chaque individu appartenant \u00e0 la cat\u00e9gorie vis\u00e9e en tant que cat\u00e9gorie distincte, non par son homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 interne, mais par une menace existentielle commune. Sa relation avec la soci\u00e9t\u00e9 environnante recule jusqu\u2019\u00e0 la rupture, non pas en tant qu\u2019entit\u00e9 agressivement essentielle, mais parce qu\u2019elle s\u2019est mu\u00e9e en un espace o\u00f9 les pr\u00e9suppos\u00e9s de s\u00e9curit\u00e9 et d\u2019appartenance se sont effondr\u00e9s, et qui, dans la conscience du groupe cibl\u00e9, devient un monde culturel parall\u00e8le inconciliable dans le moment post-traumatique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce contexte, le contenu culturel de tout groupe devient les fronti\u00e8res r\u00e9elles de son existence, tandis que la g\u00e9ographie se r\u00e9tr\u00e9cit en lignes vastes pour tracer l\u2019hostilit\u00e9, et selon ces fronti\u00e8res reconstitu\u00e9es se cristallisent les dynamiques d\u2019interaction et d\u2019exclusion avec les autres groupes. Ce processus ne vise pas \u00e0 pr\u00e9supposer un trajet in\u00e9vitable ou un mod\u00e8le unique de remodelage identitaire apr\u00e8s la violence g\u00e9nocidaire, ni \u00e0 traiter le groupe cibl\u00e9 comme une unit\u00e9 close et homog\u00e8ne, mais \u00e0 comprendre le retracing des fronti\u00e8res culturelles comme un processus historique-perceptif qui se cristallise en r\u00e9ponse \u00e0 une violence visant l\u2019annulation totale, sans pour autant annuler les contrastes internes de ce groupe ou les possibilit\u00e9s d\u2019interaction conditionnelle avec l\u2019environnement. De m\u00eame, cette lecture n\u2019implique pas de justification normative des r\u00e9sultats du retour \u00e0 l\u2019identit\u00e9 particuli\u00e8re, autant qu\u2019elle cherche \u00e0 d\u00e9construire les conditions de sa formation en tant que r\u00e9ponse spontan\u00e9e \u00e0 un traumatisme existentiel, qui remod\u00e8le avec elle le regard mutuel entre les victimes et les envahisseurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cet article postule que la tentative de g\u00e9nocide subie par les Druzes en Syrie, juillet 2025, et ce qui l\u2019a accompagn\u00e9e de politiques d\u2019humiliation syst\u00e9matique \u00e0 l\u2019encontre de leurs symboles culturels en tant que&nbsp;<em>groupe ethno-spirituel<\/em>&nbsp;(<em>Ethno-spiritual group<\/em>), et la destruction des porteurs symboliques de leur identit\u00e9, a constitu\u00e9 un traumatisme collectif qui a r\u00e9organis\u00e9 leur conscience de soi et de l\u2019Autre, et pouss\u00e9 \u00e0 une red\u00e9finition de l\u2019appartenance au sein d\u2019un tissu social fondant une unit\u00e9 culturelle perceptive les s\u00e9parant de ceux qui ne les voient en eux qu\u2019un objet potentiel de meurtre. Partant de cela, cette \u00e9tude aborde le massacre de Soue\u00efda \u00e0 la lumi\u00e8re de deux concepts interactifs : le concept des fronti\u00e8res culturelles du groupe ethnique chez Frederick Barth en tant qu\u2019outil d\u2019analyse des m\u00e9canismes post-violence, et le concept de perception et g\u00e9nocide chez Omer Bartov en tant que cadre pour comprendre la logique g\u00e9nocidaire-discursive, et la qu\u00eate de n\u00e9gation de l\u2019existence collective elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>\u2500 Politiques d\u2019humiliation<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La violence interne en Syrie repose, dans l\u2019une de ses dimensions structurelles, sur le crime politique commis par les puissances coloniales apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale, lorsque des fronti\u00e8res politiques forc\u00e9es furent impos\u00e9es \u00e0 des groupes autochtones disparates, dont les syst\u00e8mes culturels et historiques furent d\u00e9mantel\u00e9s, rendant la formation d\u2019une nation politique coh\u00e9rente impossible d\u00e8s son moment fondateur. Cet h\u00e9ritage ne s\u2019est pas \u00e9teint, mais a \u00e9t\u00e9 reproduit ult\u00e9rieurement par de nouveaux acteurs, \u00e0 travers des politiques qui ont de nouveau bris\u00e9 les fronti\u00e8res sociales et culturelles des groupes originaires, et maintenu la g\u00e9ographie politique comme un cadre conflictuel fragile au lieu d\u2019un champ d\u2019interculturalit\u00e9 et de solidarit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette structure a interagi avec les politiques exclusionnaires structur\u00e9es par le parti Baas au sein de la soci\u00e9t\u00e9 syrienne, non pas en tant que simple r\u00e9gime autoritaire, mais comme un acteur qui a r\u00e9organis\u00e9 la communaut\u00e9 politique sur des bases administratives artificielles, divisant la soci\u00e9t\u00e9 en unit\u00e9s urbaines et locales oppos\u00e9es ethniquement et sectairement. Ce d\u00e9mant\u00e8lement s\u2019est approfondi \u00e0 travers des porteurs tribaux et sectaires, utilis\u00e9s pour mobiliser un discours religieux-politique contradictoire, visant \u00e0 consolider l\u2019h\u00e9g\u00e9monie d\u2019une faction doctrinale sur le pouvoir, et \u00e0 exclure quiconque ne se soumettait pas au syst\u00e8me de loyaut\u00e9 tiss\u00e9 par l\u2019\u00e9lite militaire baasiste, en int\u00e9gration avec des r\u00e9seaux de marchands et de notables des villes et des campagnes, particuli\u00e8rement \u00e0 Damas et Alep. Dans ce contexte, l\u2019exclusion n\u2019\u00e9tait pas le produit d\u2019une diff\u00e9rence culturelle en soi, mais le r\u00e9sultat du refus de la soumission \u00e0 la faction qui avait usurp\u00e9 le pouvoir, et du refus d\u2019abandonner la particularit\u00e9 culturelle au profit d\u2019une int\u00e9gration forc\u00e9e dans un syst\u00e8me autoritaire qui a entrelac\u00e9 en son sein la violence religieuse et politique pour cr\u00e9er un \u00ab \u00c9tat sauvage \u00bb, selon l\u2019expression de Michel Seurat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce trajet, les Druzes ont \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 une exclusion politique et \u00e0 une d\u00e9valorisation sociale syst\u00e9matique, utilisant des pr\u00e9textes religieux de caract\u00e8re trompeur. Depuis le XIe si\u00e8cle, ce groupe a suivi un chemin religieux particulier, fond\u00e9 sur l\u2019\u00e9sot\u00e9risme de la foi (<em>Esoteric belief<\/em>), o\u00f9 la foi est comprise comme une interpr\u00e9tation rationnelle de l\u2019unicit\u00e9 de Dieu et du chemin vers Lui, et comme une pratique \u00e9thique incarn\u00e9e dans la garde des pactes et l\u2019engagement dans la relation humaine, non comme une simple affiliation doctrinale d\u00e9clar\u00e9e, car la raison : \u00ab est l\u2019axe central au c\u0153ur de la doctrine de l\u2019Unicit\u00e9 \u00bb (1). D\u2019o\u00f9 leur chemin spirituel s\u2019est manifest\u00e9 dans l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019id\u00e9e spirituelle sans se transformer en secte pros\u00e9lyte, ce qui a rendu leur particularit\u00e9 culturelle vuln\u00e9rable \u00e0 une mauvaise compr\u00e9hension et \u00e0 une interpr\u00e9tation hostile.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cependant, cette particularit\u00e9 a plac\u00e9 les Druzes, \u00e0 l\u2019instar des Alawites et des Y\u00e9zidis, dans la ligne de mire des courants salafistes sunnites, qui les ont class\u00e9s parmi les \u00ab sectes \u00e9gar\u00e9es \u00bb, les transformant en ennemi invisible dans l\u2019imaginaire salafiste. L\u2019une des racines pr\u00e9coces de cette classification remonte \u00e0 Abd al-Qahir al-Baghdadi (980\u20131037), disciple d\u2019Ab\u016b al-\u1e24asan al-Ash\u02bfar\u012b avec qui il diff\u00e9rait intellectuellement, dans son livre&nbsp;<em>al-Farq bayn al-Firaq<\/em>, o\u00f9 il a excommuni\u00e9 toutes les sectes qui croyaient en la m\u00e9tempsycose et \u00e0 l\u2019\u00e9sot\u00e9risme des croyances (2).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fournissant ainsi la base jurisprudentielle qui nourrira ult\u00e9rieurement la fatwa d\u2019Ibn Taymiyya au XIIIe si\u00e8cle, interdisant les relations avec les Druzes ou les mariages mixtes (3), et ces fatwas n\u2019\u00e9taient pas de simples jugements religieux, mais se sont transform\u00e9es en narrations imaginaires d\u00e9peignant les Druzes comme un peuple repli\u00e9 sur une croyance \u00ab antagoniste \u00bb, incompatible avec les int\u00e9r\u00eats des tribus et groupes qui ont monopolis\u00e9 l\u2019autorit\u00e9 d\u2019interpr\u00e9tation jurisprudentielle, la liant \u00e0 leurs propres b\u00e9n\u00e9fices, transformant ainsi l\u2019interpr\u00e9tation en outil d\u2019h\u00e9g\u00e9monie, et ses dissidents en ennemis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces discours exclusionnaires se sont accumul\u00e9s au fil des si\u00e8cles, pour trouver leur prolongement au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, lorsque Muhammad Kurd Ali \u2014 ministre de l\u2019\u00c9ducation dans les gouvernements syriens successifs \u2014 a trait\u00e9 les Druzes avec m\u00e9pris dans sa revue&nbsp;<em>al-Muqtabas<\/em>&nbsp;(4), \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la Syrie n\u2019\u00e9tait que des vilayets ottomans m\u00e9dit\u00e9s par l\u2019ignorance, et par l\u2019ignorance seule se sont form\u00e9es les imaginaires conflictuels de ses peuples divers. Ses caract\u00e9risations n\u2019\u00e9taient que une reprise moderne du contenu de fatwas plus anciennes, et une extension des narrations de rivalit\u00e9 pour l\u2019influence entre les peuples dispers\u00e9s dans le sud de la Syrie, sur des terres ne poss\u00e9d\u00e9es que par ceux qui en avaient trac\u00e9 les limites avec le sang. S\u2019appuyant sur des alliances in\u00e9gales avec les politiques coloniales apport\u00e9es par les puissances imp\u00e9riales d\u00e9clinantes apr\u00e8s les deux guerres mondiales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et ce sch\u00e9ma de d\u00e9valorisation se poursuit dans les \u00e9crits acad\u00e9miques eux-m\u00eames, lorsque Hanna Batatu, dans&nbsp;<em>Fall\u0101\u1e25\u016b S\u016briy\u0101<\/em>&nbsp;(1999) dont le titre co\u00efncide avec celui du livre de l\u2019ethnographe fran\u00e7ais Jacques Weulersse (<em>Fall\u0101\u1e25\u016b S\u016briy\u0101 wa al-Sharq al-Adn\u0101<\/em>, Gallimard 1946), s\u2019est employ\u00e9 \u00e0 d\u00e9pouiller la Grande R\u00e9volte syrienne men\u00e9e par Sultan Pasha al-Atrash de son caract\u00e8re national, la r\u00e9duisant \u00e0 un acte de chefferie tribale. Il s\u2019est appuy\u00e9 pour cela sur un manuscrit d\u2019origine inconnue cit\u00e9 dans un texte d\u2019un pr\u00eatre chr\u00e9tien hostile aux Druzes, ignorant les contextes conflictuels druzes-maronites (5), confondant ainsi les causes \u00e9conomiques des paysans propri\u00e9taires terriens avec des all\u00e9gations de d\u00e9clin du leadership des al-Atrash, et encore une fois s\u2019appuyant sur un document britannique tronqu\u00e9 (6). R\u00e9duisant ainsi le r\u00f4le de Sultan al-Atrash dans la r\u00e9volution syrienne \u00e0 une simple r\u00e9volte de chef tribal exploitant sa secte pour ses int\u00e9r\u00eats, tout cela bas\u00e9 sur une phrase qu\u2019il attribue \u00e0 al-Shihabandar au sujet d\u2019al-Atrash, pr\u00e9tendant que Sultan avait dit \u00e0 al-Shihabandar qu\u2019il menait la r\u00e9volution pour sauver l\u2019honneur de sa secte et rien de plus (7). Sachant que la premi\u00e8re proclamation de la r\u00e9volution lue par Sultan avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9e en coordination avec Abd al-Rahman al-Shihabandar apr\u00e8s leur r\u00e9union dans le village de \u00ab Kafr al-Lu\u1e25\u0101 \u00bb (8).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien que Hanna Batatu ne f\u00fbt pas sp\u00e9cialiste en histoire des mentalit\u00e9s, il n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 supposer la formation de sch\u00e9mas mentaux fixes chez certains groupes sociaux sp\u00e9cifiques, utilisant ces suppositions comme crit\u00e8re classificatoire entre les cat\u00e9gories paysannes. Indiff\u00e9rent \u00e0 la quantit\u00e9 d\u2019erreurs cognitives port\u00e9es par ses mots. Cette m\u00e9thode l\u2019a conduit \u00e0 des conclusions r\u00e9ductrices, parmi lesquelles le lien entre ce qu\u2019il appelait le \u00ab fellah montagnard \u00bb et la propension \u00e0 la violence et \u00e0 l\u2019\u00e9motivit\u00e9, par opposition \u00e0 l\u2019attribution d\u2019un caract\u00e8re \u00ab rationnel \u00bb aux fellahs des plaines et des vergers, pr\u00e9sentant les Druzes comme l\u2019exemple le plus saillant du premier sch\u00e9ma. Le probl\u00e8me ne se limite pas ici \u00e0 la faiblesse de la base cognitive de ces hypoth\u00e8ses, mais les d\u00e9passe vers les g\u00e9n\u00e9ralisations culturelles qu\u2019elles impliquent, projetant des classifications mentales pr\u00eates-\u00e0-porter sur des groupes historiques complexes (9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et cette d\u00e9faillance m\u00e9thodologique devient plus claire lorsque Batatu la renforce par une citation arbitraire d\u2019un texte sans lien avec l\u2019histoire des mentalit\u00e9s, mais portant une charge hostile explicite contre les Druzes, extrait du livre de Gertrude Bell&nbsp;<em>Syria, the Desert and the Sown<\/em>&nbsp;(Londres, 1919). Ce texte, \u00e9crit dans un contexte purement colonial, ne refl\u00e8te que des impressions superficielles d\u2019une agente de renseignement britannique \u00e0 un moment o\u00f9 la Grande-Bretagne d\u00e9chirait la g\u00e9ographie de la r\u00e9gion et d\u00e9mantelait ses structures sociales et politiques. Par cons\u00e9quent, l\u2019utilisation d\u2019une telle source comme t\u00e9moin de \u00ab mentalit\u00e9s \u00bb collectives ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une pratique scientifique, mais refl\u00e8te une confusion entre litt\u00e9rature coloniale et d\u00e9sinformation historique (10).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Contrairement \u00e0 ces all\u00e9gations, les faits sociaux contemporains montrent que les origines pr\u00e9dominantes des \u00e9l\u00e9ments des mouvements djihadistes en Syrie proviennent des r\u00e9gions de plaines et de steppes, non des zones montagneuses habit\u00e9es par des groupes comme les Druzes et les Alawites. Des organisations comme l\u2019\u00ab \u00c9tat islamique \u00bb et \u00ab Hay\u2019at Tahrir al-Sham \u00bb ont pris racine au sein de structures tribales enracin\u00e9es \u00e0 Idlib, Hama, Alep, Hauran, Deir ez-Zor et Raqqa, les m\u00eames r\u00e9gions qui ont historiquement form\u00e9 un r\u00e9servoir social soutenant le r\u00e9gime baasiste (11). Et avec l\u2019autorisation des \u00c9tats-Unis et du Royaume-Uni du gouvernement syrien \u00e0 Hay\u2019at Tahrir al-Sham, la \u00ab faz\u2019a \u00bb tribale s\u2019est transform\u00e9e en m\u00e9canisme de mobilisation pour la violence organis\u00e9e, utilis\u00e9 pour consolider le contr\u00f4le par des massacres et des exclusions, sans que le \u00ab fellah montagnard \u00bb soit partie structurelle de ces dynamiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;<strong>Et d\u2019un autre angle,<\/strong>&nbsp;le politicien kurde Noureddine Zaza mentionne dans ses m\u00e9moires qu\u2019en 1961, il a \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 une r\u00e9sidence forc\u00e9e dans la ville de Soue\u00efda avec des fonctionnaires et enseignants kurdes, la ville \u00e9tant alors utilis\u00e9e comme lieu d\u2019exil et de punition, dans des conditions de vie rudes. La vie quotidienne y constituait un mode de punition collective (12). Les Druzes savaient que l\u2019arabisations du nom de Jabal al-Duruz ne les prot\u00e9geait pas de l\u2019exclusion en tant que groupe distinct, et ne leur offrait, dans l\u2019horizon imaginaire des tribus envahisseuses, qu\u2019un fil tortueux de sang.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En juillet 2025, des hordes b\u00e9douines, accompagn\u00e9es des factions djihadistes affili\u00e9es \u00e0 l\u2019administration de Hay\u2019at Ta\u1e25r\u012br al-Sh\u0101m sous la direction du pr\u00e9sident transitionnel A\u1e25mad al-Shar\u02bf \u2014 ancien \u00e9l\u00e9ment de l\u2019organisation Daesh et du Front al-Nosra \u2014 se sont dirig\u00e9es vers l\u2019invasion de Soue\u00efda. L\u2019attaque ne s\u2019est pas limit\u00e9e aux op\u00e9rations militaires, mais a pris un caract\u00e8re th\u00e9\u00e2tral organis\u00e9, utilisant les corps des victimes druzes comme surface pour imprimer des techniques de supplice et de rancune accompagn\u00e9e de rires et de pi\u00e9tinement des cadavres, adoptant un caract\u00e8re organis\u00e9 ciblant la communaut\u00e9 druze en tant que victime sacrificielle pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e dans une culture qui criminalise la diff\u00e9rence, impr\u00e9gn\u00e9e par la guerre civile, incarn\u00e9e par des pratiques de violence physique et symbolique indissociables, transformant le meurtre en outil d\u2019humiliation collective d\u00e9clar\u00e9e, \u00e9quip\u00e9s de t\u00e9l\u00e9phones portables, de ciseaux et d\u2019\u00e9p\u00e9es pour transformer le meurtre en plateforme d\u2019humiliation \u00e0 l\u2019encontre des Druzes et de leurs symboles religieux. Un rapport de la Commission d\u2019experts des Nations Unies a document\u00e9 les crimes du nouveau r\u00e9gime syrien comme suit :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab L\u2019attaque a entra\u00een\u00e9 la mort de 1000 personnes, dont au moins 539 civils druzes connus \u2014 parmi eux 39 femmes et 21 enfants. Les rapports ont \u00e9galement indiqu\u00e9 l\u2019ex\u00e9cution extrajudiciaire d\u2019au moins 196 personnes, dont huit enfants et 30 femmes, en dehors du cadre judiciaire, et plus de 33 villages ont \u00e9t\u00e9 br\u00fbl\u00e9s&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et les experts ont ajout\u00e9 :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab L\u2019ampleur de la violence \u2014 y compris les massacres, le pillage des maisons, des magasins et du b\u00e9tail, et l\u2019utilisation de t\u00e9l\u00e9phones vol\u00e9s pour l\u2019extorsion \u2014 indique une campagne syst\u00e9matique ciblant la minorit\u00e9 druze, aliment\u00e9e par des incitations \u00e0 la haine dans les m\u00e9dias et sur les plateformes de r\u00e9seaux sociaux qui les d\u00e9peignent comme alli\u00e9s d\u2019Isra\u00ebl. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et le rapport a ajout\u00e9 qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Enlev\u00e9 au moins 105 femmes et filles druzes par des groupes arm\u00e9s affili\u00e9s aux autorit\u00e9s syriennes int\u00e9rimaires, et 80 d\u2019entre elles sont toujours disparues. Certaines femmes lib\u00e9r\u00e9es ne peuvent pas retourner chez elles en raison de craintes s\u00e9curitaires. Et dans au moins trois cas, des femmes druzes ont \u00e9t\u00e9 viol\u00e9es avant leur ex\u00e9cution \u00bb (13).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et le pr\u00e9sident transitionnel A\u1e25mad al-Shar\u02bf \/ al-J\u016bl\u0101n\u012b a remerci\u00e9 les tribus b\u00e9douines qui ont particip\u00e9 aux c\u00f4t\u00e9s des factions affili\u00e9es \u00e0 ses forces dans les massacres contre les Druzes (14), pla\u00e7ant ainsi le crime parmi les t\u00e2ches de son gouvernement. Ce qui est litt\u00e9ralement ce que faisait le r\u00e9gime baasiste, en utilisant les m\u00eames tribus b\u00e9douines contre les Druzes en 2000, qui s\u2019est termin\u00e9e par le massacre de l\u2019h\u00f4pital de Soue\u00efda ayant entra\u00een\u00e9 le meurtre sur le terrain de 22 Druzes (15). Sans mentionner la bay\u2019a d\u2019un grand nombre de clans b\u00e9douins \u00e0 l\u2019organisation Daesh en 2015, et la prise de postes de commandement dans l\u2019organisation qui leur a accord\u00e9 le titre de \u00ab Ansar \u00bb (16).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les rapports des commissions d\u2019enqu\u00eate des Nations Unies sur les violations graves des factions arm\u00e9es syriennes, depuis leur occupation de la ville kurde d\u2019Afrin en 2018 jusqu\u2019\u00e0 ses derniers massacres \u00e0 Soue\u00efda, en passant par les autres villes travers\u00e9es, consacrent un usage criminel teint\u00e9 de n\u00e9crophilie \/ d\u00e9sir des cadavres, et exc\u00e8s dans le supplice des victimes. Ils traitent le meurtre comme un plaisir et un acte politique dans leur culture centr\u00e9e sur la violence. Tout ce qu\u2019ils laissent derri\u00e8re eux ce sont des maisons pill\u00e9es et br\u00fbl\u00e9es, des viols de femmes, et parfois des viols de filles mineures devant leurs familles, et une humiliation syst\u00e9matique des victimes, incarn\u00e9e dans le cas druze, comme ce fut le cas avec les Alawites et les Kurdes, dans la destruction et la profanation des symboles culturels et religieux de ces groupes, et leur exigence de conversion \u00e0 leur religion salafiste (17). Cela refl\u00e8te un sch\u00e9ma syst\u00e9matique qui ne peut \u00eatre compris comme un exc\u00e8s de violence circonstanciel, mais comme une pratique culturelle-politique r\u00e9currente dans le comportement de ces factions depuis leur contr\u00f4le de multiples r\u00e9gions. Sur cette base, la violence de ces factions ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un simple moyen militaire mais comme une identit\u00e9 propre \u00e0 ces factions. Leurs violations conf\u00e8rent une charge symbolique \u00e0 la violence, visant \u00e0 briser les porteurs essentiels de l\u2019identit\u00e9 des groupes cibl\u00e9s, et \u00e0 reproduire une relation de domination fond\u00e9e sur l\u2019humiliation et le d\u00e9ni de la dignit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par cons\u00e9quent, il est impossible de comprendre le massacre de Soue\u00efda comme un \u00e9v\u00e9nement exceptionnel ou isol\u00e9 du contexte plus large du trajet de violence adopt\u00e9 par les factions djihadistes ult\u00e9rieurement incorpor\u00e9es \u00e0 Hay\u2019at Ta\u1e25r\u012br al-Sh\u0101m et formant avec elle un r\u00e9gime de meurtre au nom de \u00ab Nous sommes l\u2019\u00c9tat et plus \u00bb. Depuis le massacre du village de \u00ab Qalb Lawza \u00bb dans le gouvernorat d\u2019Idlib en 2015, o\u00f9 vingt civils druzes ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s, suivi d\u2019un d\u00e9placement et d\u2019une imposition de conversion religieuse forc\u00e9e sur les survivants, un sch\u00e9ma fixe d\u2019atteinte aux groupes class\u00e9s comme \u00ab minorit\u00e9s \u00bb en tant que porteurs d\u2019identit\u00e9s divergentes du projet salafiste-djihadiste se r\u00e9v\u00e8le (18). Et les rapports du R\u00e9seau syrien pour les droits humains, ainsi que des rapports onusiens ult\u00e9rieurs, confirment que ce trajet ne s\u2019est pas interrompu, mais s\u2019est reproduit dans des espaces g\u00e9ographiques diff\u00e9rents, conservant la m\u00eame logique g\u00e9nocidaire m\u00eame si les pr\u00e9textes variaient (19).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ainsi, le massacre des Druzes \u00e0 Soue\u00efda constitue une prog\u00e9niture naturelle d\u2019une essence criminelle d\u00e9finissant le contenu culturel des factions qui l\u2019ont commis et des groupes autochtones que ces factions alimentent en munitions humaines. Et il redessine avec elle les fronti\u00e8res de l\u2019interaction identitaire et de l\u2019exclusion que le Druze tracera pour sa vision de soi \u00e0 l\u2019horizon de l\u2019Autre. Car la mati\u00e8re humaine, selon l\u2019argument pr\u00e9cis\u00e9ment motiv\u00e9 par Frederick Barth, se r\u00e9organise selon le crit\u00e8re des valeurs qui repr\u00e9sentent son existence et sa distinction des autres (20). La quantit\u00e9 d\u2019humiliation port\u00e9e par le massacre de Soue\u00efda formera le point de non-retour dans la relation des Druzes avec eux-m\u00eames en commen\u00e7ant comme groupe ethno-spirituel, et dans sa relation avec son environnement g\u00e9ographique dont il ne reste, dans le horizon pr\u00e9visible, que des pierres en main attendant l\u2019\u00e9mergence diff\u00e9r\u00e9e des envahisseurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une \u00e9tude conjointe de chercheurs en psychologie et en sociologie des universit\u00e9s d\u2019Amsterdam et de Br\u00eame a montr\u00e9 que l\u2019humiliation constitue un sentiment complexe dont il est difficile d\u2019att\u00e9nuer la souffrance, et qui se rapporte exclusivement \u00e0 l\u2019identit\u00e9 de l\u2019individu. Tandis que la torture physique peut \u00eatre class\u00e9e temporellement sur une \u00e9chelle relative d\u2019oubli, l\u2019humiliation persiste dans la m\u00e9moire comme une boucle obscure qui suppure chaque fois qu\u2019elle est rappel\u00e9e, et repositionne avec elle l\u2019existence de la victime, de sorte que tout pivote autour de l\u2019affront qui a conduit \u00e0 la d\u00e9pr\u00e9ciation des \u00e9l\u00e9ments essentiels de son identit\u00e9 (21). Et lorsque les politiques d\u2019humiliation sont dirig\u00e9es vers les porteurs symboliques de l\u2019identit\u00e9 \u2014 comme dans le ciblage des symboles religieux, la mutilation du corps, et la contrainte \u00e0 la conversion doctrinale \u2014 l\u2019insulte se transforme en exp\u00e9rience collective d\u00e9passant les limites de l\u2019exp\u00e9rience directe, pour atteindre tous ceux qui appartiennent perceptivement au groupe cibl\u00e9, qu\u2019ils aient \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins directs de l\u2019\u00e9v\u00e9nement ou via les m\u00e9dias num\u00e9riques. Ainsi, les ciseaux qui ont accompagn\u00e9 les op\u00e9rations de meurtre des Druzes, et apparus dans les manifestations r\u00e9clamant leur extermination dans certaines villes sunnites syriennes, ont eu le m\u00eame impact, que ce soit sur les Druzes en Syrie ou dans d\u2019autres pays.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La documentation des pratiques d\u2019humiliation et leur diffusion sur les plateformes num\u00e9riques ne se contente pas de transmettre l\u2019\u00e9v\u00e9nement, mais le reproduit en tant que spectacle continu, retrouv\u00e9 sans interruption dans la conscience collective. Dans ce contexte, la distance entre l\u2019acteur et le spectateur se r\u00e9tr\u00e9cit, et le spectateur devient participant implicite dans le recyclage de la violence, que ce soit par normalisation, justification ou incitation. Cette dynamique renforce le comportement criminel chez les auteurs, et approfondit l\u2019effet du traumatisme chez les victimes, o\u00f9 l\u2019exp\u00e9rience directe \u00e9gale l\u2019exp\u00e9rience spectatorielle dans sa capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9activer l\u2019humiliation et \u00e0 la reproduire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La raison de l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 ignorer l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019humiliation r\u00e9side dans une diff\u00e9rence essentielle entre le sentiment d\u2019humiliation et la honte. Le sentiment d\u2019humiliation reste exclusivement li\u00e9 \u00e0 la mani\u00e8re dont l\u2019individu se voit lui-m\u00eame, bless\u00e9 dans sa dignit\u00e9 de fa\u00e7on ind\u00e9pendante du regard des autres sur lui. Tandis que le sentiment de honte est li\u00e9 au regard social conf\u00e9r\u00e9 par chaque groupe au comportement de ses membres, et par cons\u00e9quent, d\u00e8s le changement d\u2019environnement social, le sentiment de honte peut dispara\u00eetre. Tandis que le sentiment d\u2019humiliation reste enracin\u00e9 dans l\u2019\u00e2me, rongeant de l\u2019int\u00e9rieur l\u2019image que l\u2019individu a de lui-m\u00eame. Et son sentiment d\u2019humiliation ne peut le quitter o\u00f9 qu\u2019il aille (22). Et lorsque ce sentiment est sem\u00e9 de mani\u00e8re collective, il devient partie de la m\u00e9moire collective, et remod\u00e8le la relation entre le groupe et son espace social \u00e0 long terme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par cons\u00e9quent, lorsque l\u2019acte d\u2019humiliation se transforme en th\u00e9\u00e2tre collectif coupl\u00e9 aux plateformes num\u00e9riques, le spectateur devient participant, et endosse le r\u00f4le du bourreau en fournissant des pr\u00e9textes aux crimes et en les alimentant par un discours de haine. Et dans ce contexte, le r\u00f4le de certains m\u00e9dias \u2014 Al-Arabiyya, Al-Jazeera, Al-Mashhad \u2014 a \u00e9merg\u00e9 avec force, accordant aux criminels une licence de tuer, et renfor\u00e7ant la violence par leur couverture trompeuse du massacre de Soue\u00efda, la pr\u00e9sentant comme un \u00e9pisode passager d\u2019un r\u00e9gime djihadiste fond\u00e9 sur le meurtre et l\u2019invasion tribale. Ainsi, les ciseaux, le Kalachnikov et l\u2019apparence primitive des groupes qui ont envahi Soue\u00efda se sont transform\u00e9s en m\u00e9canisme de s\u00e9paration entre deux cultures dont le sang a creus\u00e9 les fronti\u00e8res, rendant impossible par la suite que leurs regards se croisent sans porter le crime et ses \u00e9motions visc\u00e9rales de col\u00e8re, vengeance et condamnation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et en ce sens, le regard r\u00e9ciproque entre auteurs et victimes devient l\u2019espace o\u00f9 se concr\u00e9tisent les nouvelles perceptions sociales, en tant qu\u2019effet direct d\u2019une violence qui a cherch\u00e9 \u00e0 nier l\u2019existence collective elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui pr\u00e9c\u00e8de constitue une incarnation d\u00e9taill\u00e9e du concept intellectuellement enracin\u00e9 par l\u2019historien Bartov dans son analyse du g\u00e9nocide comme miroir de la soci\u00e9t\u00e9 du meurtre. O\u00f9 l\u2019inversion morale des auteurs, sous l\u2019effet d\u2019un engourdissement id\u00e9ologique, conduit \u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration du g\u00e9nocide comme forme de gloire, le criminel justifiant ainsi sa joie dans la perp\u00e9tration des crimes, par la classification des victimes dans la case de l\u2019ennemi mena\u00e7ant la s\u00e9curit\u00e9 du pays ; alors, sa destruction de la cat\u00e9gorie qu\u2019il qualifie d\u2019ennemie \u2014 les Druzes ici \u2014 devient un acte de loyaut\u00e9 envers la soci\u00e9t\u00e9 du meurtre, faisant co\u00efncider pour lui le massacre avec la gloire (23).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>La m\u00e9moire et le traumatisme collectif du massacre de Soue\u00efda<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les traumatismes et les victoires convergent dans la formation du cadre narratif de la m\u00e9moire collective, o\u00f9 les \u00e9v\u00e9nements ne sont pas rappel\u00e9s comme des faits historiques neutres, mais comme des r\u00e9servoirs de sens d\u2019o\u00f9 \u00e9mergent les symboles et les porteurs historiques fondateurs de l\u2019id\u00e9e de \u00ab communaut\u00e9 imagin\u00e9e \u00bb. Dans ce cadre, l\u2019\u00e9v\u00e9nement traumatique peut \u00eatre invoqu\u00e9 sous la forme d\u2019un h\u00e9ro\u00efsme de salut, incarn\u00e9 par le h\u00e9ros national comme sauveur d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 bris\u00e9e, \u00e0 l\u2019image de la symbolique de Sultan Pasha al-Atrash dans la conscience druze, ou reracont\u00e9 comme trag\u00e9die r\u00e9f\u00e9rentielle utilis\u00e9e pour refonder les liens sociaux et r\u00e9parer la conscience collective fissur\u00e9e, telle la s\u00e9rie de massacres subis par les Druzes en Syrie depuis 2015 par Jabhat al-Nosra \u00e0 Idlib, le massacre de 2018 par Daesh, et 2025 par le r\u00e9gime de Hay\u2019at Ta\u1e25r\u012br al-Sh\u0101m. Tous ces crimes ont litt\u00e9ralement atteint l\u2019identit\u00e9, le sens et la continuit\u00e9 des Druzes en tant que secte. Et parce que la m\u00e9moire ne se contente pas de pr\u00e9server le pass\u00e9 autant qu\u2019elle le r\u00e9interpr\u00e8te pour servir la continuit\u00e9 du groupe et son sens propre, ces massacres se transformeront en cr\u00e9ateur s\u00e9mantique de l\u2019identit\u00e9 druze post-traumatisme g\u00e9nocidaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le traumatisme arrive toujours port\u00e9 par de nouvelles fronti\u00e8res, que ce soit dans sa relation au temps ou aux autres groupes agressifs, faisant de certains \u00e9v\u00e9nements des marques s\u00e9paratrices par lesquelles est r\u00e9imagin\u00e9 le moment de la \u00ab naissance de la trag\u00e9die \u00bb. Et \u00e0 travers les narrations visuelles de la trag\u00e9die, l\u2019\u00e9v\u00e9nement devient un \u00e9l\u00e9ment actif dans la m\u00e9moire collective et un pivot de l\u2019identit\u00e9 du groupe, non pas n\u00e9cessairement parce qu\u2019il est le plus violent, mais parce qu\u2019il est le plus symbolique et apte \u00e0 tracer la limite entre ce qui est \u00ab avant \u00bb et ce qui est \u00ab apr\u00e8s \u00bb. Et selon Bernhard Giesen, le traumatisme consacre le moment d\u2019une agression violente qui d\u00e9chire le tissu du sens et des liens sociaux institu\u00e9s, au point que la conscience est incapable de l\u2019assimiler au moment o\u00f9 elle se produit. Mais cette incapacit\u00e9 n\u2019annule pas le traumatisme, elle le diff\u00e8re, pour qu\u2019il revienne ult\u00e9rieurement sous forme de m\u00e9moire enracin\u00e9e par laquelle est reformul\u00e9e la liaison sociale et construit un histoire porteuse de sens. Et ici, l\u2019\u00e9v\u00e9nement ne devient traumatique pas seulement par son intensit\u00e9, mais par sa capacit\u00e9 \u00e0 \u00eatre charg\u00e9 d\u2019un sens collectif utilis\u00e9 pour interpr\u00e9ter le pr\u00e9sent et orienter l\u2019avenir. Reformulation de la liaison sociale et construction d\u2019une narration historique porteuse de sens pour le groupe cibl\u00e9 (24).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et ce processus se manifeste clairement lorsque le concept de traumatisme est li\u00e9 \u00e0 l\u2019analyse de Maurice Halbwachs sur la m\u00e9moire collective, o\u00f9 les souvenirs ne sont pas pr\u00e9serv\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des individus isol\u00e9s des cadres sociaux qui leur conf\u00e8rent leur capacit\u00e9 de persistance. La m\u00e9moire collective est rappel\u00e9e par la pr\u00e9sence des autres, et pr\u00e9serv\u00e9e de l\u2019oubli par la circulation partag\u00e9e, ce qui la rend plus enracin\u00e9e que les souvenirs individuels qui sont souvent soumis \u00e0 des m\u00e9canismes de refoulement et de dissipation. Et en ce sens, le pass\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019individu lui-m\u00eame est red\u00e9coup\u00e9 en pass\u00e9 priv\u00e9 et pass\u00e9 collectif, o\u00f9 les exp\u00e9riences individuelles non repr\u00e9sentables sont exclues, tandis que les souvenirs servant la narration englobante sont amplifi\u00e9s, lui conf\u00e9rant coh\u00e9sion et identit\u00e9 par ses porteurs culturels ou sociaux qui lui donnent une raison de perdurer et la rendent constamment pr\u00e9sente devant nous (25).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Selon une lecture du contenu du discours d\u2019incitation diffus\u00e9 par certains m\u00e9dias syriens et du Golfe \u00e0 l\u2019\u00e9poque, accompagn\u00e9 de slogans et symboles violents (ciseaux et \u00e9p\u00e9es) apparus dans les manifestations anti-druzes, il appara\u00eet que l\u2019objectif du massacre \u00e9tait l\u2019extermination compl\u00e8te des Druzes ou leur d\u00e9pouillement de leur druzit\u00e9 selon deux options : la mort ou l\u2019humiliation. Pour traduire la violence du discours en pratique : incarn\u00e9e dans le meurtre collectif, la mutilation des cadavres, le pillage des biens, et l\u2019incendie des maisons et des lieux de culte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De m\u00eame, la violence s\u2019est accompagn\u00e9e d\u2019une dimension th\u00e9\u00e2trale claire, incarn\u00e9e dans la documentation par certains ex\u00e9cutants de leurs actes et leur diffusion, y compris la marche parmi les cadavres ou l\u2019agression des victimes devant les cam\u00e9ras ou leur jet des b\u00e2timents, ou l\u2019enl\u00e8vement des femmes druzes devant les cam\u00e9ras des m\u00e9dias. Ce qui a conf\u00e9r\u00e9 au crime un caract\u00e8re spectaculaire d\u00e9passant la dimension militaire ou vengeresse vers le niveau de catharsis symbolique. En contrepartie, le discours m\u00e9diatique soutenant l\u2019autorit\u00e9 transitionnelle s\u2019est montr\u00e9 incapable d\u2019aborder l\u2019\u00e9v\u00e9nement dans son contexte politique et social plus large, les Druzes \u00e9tant parfois pr\u00e9sent\u00e9s comme une partie interne divis\u00e9e contre elle-m\u00eame, et simultan\u00e9ment d\u00e9peints comme menace s\u00e9curitaire, contribuant ainsi \u00e0 reproduire la narration qui affaiblit la reconnaissance du caract\u00e8re collectif et organis\u00e9 du crime.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le massacre s\u2019est produit renforc\u00e9 par un discours religieux et m\u00e9diatique qui lui a fourni les pr\u00e9textes symboliques pour transformer le mal en gloire, et la violation en \u00ab victoire \u00bb religieuse, ne se contentant pas de reraconter la violence, mais \u0153uvrant \u00e0 la fixer comme moment fondateur d\u2019identit\u00e9s inconciliables, et acte symbolique de retracing des fronti\u00e8res entre \u00ab nous \u00bb et \u00ab eux \u00bb, et introduction du g\u00e9nocide lui-m\u00eame au c\u0153ur de la narration fondatrice de la communaut\u00e9 \/ autorit\u00e9 agressive. Ainsi, le Druze se transforme n\u00e9cessairement en auto-symbolisation de son identit\u00e9 qui le distingue existentiellement, et le rend, \u00e0 cause d\u2019elle, objet de meurtre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le silence complice de l\u2019incitation<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019ordalie r\u00e9cente des Druzes a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la fragilit\u00e9 des liens sociaux et politiques en Syrie qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 un \u00c9tat, o\u00f9 la violence symbolique s\u2019est entrem\u00eal\u00e9e de mani\u00e8re syst\u00e9matique \u00e0 la violence mat\u00e9rielle. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 du silence de secteurs du voisinage social, notamment du composant sunnite, est apparu un facteur plus douloureux incarn\u00e9 dans le discours d\u2019incitation ouvert qui visait l\u2019existence m\u00eame des Druzes, discours promu \u00e0 travers certaines cha\u00eenes du Golfe et la t\u00e9l\u00e9vision syrienne officielle, accompagn\u00e9 de manifestations dans des villes \u00e0 majorit\u00e9 sunnite qui se sont termin\u00e9es par des agressions directes contre des \u00e9tudiants druzes et leur expulsion des universit\u00e9s, poussant un nombre d\u2019entre eux \u00e0 l\u2019exode forc\u00e9 vers les zones soumises \u00e0 l\u2019administration kurde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce contexte acquiert sa gravit\u00e9 suppl\u00e9mentaire du recours du pr\u00e9sident transitionnel \u00e0 l\u2019invocation d\u2019un concept tribal connu sous le nom de \u00ab al-faza\u02bfa \u00bb, concept primitif n\u00e9 dans les soci\u00e9t\u00e9s b\u00e9douines comme m\u00e9canisme de mobilisation collective pour la protection ou l\u2019invasion en l\u2019absence d\u2019institutions l\u00e9gales. L\u2019activation de ce concept dans un contexte politique contemporain constitue un processus d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 de \u00ab sectarisation \u00bb et de \u00ab tribalisation \u00bb du conflit, le transformant d\u2019un diff\u00e9rend politique en confrontation autochtone \u00e0 caract\u00e8re existentiel. Cette m\u00e9canique figure parmi les usages politiques adopt\u00e9s par le r\u00e9gime baasiste pendant des d\u00e9cennies, pour d\u00e9pouiller la politique de tout conflit avec lui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce trajet rappelle ce que le m\u00eame gouvernement avait fait auparavant lorsqu\u2019il a annonc\u00e9, \u00e0 travers les minbars religieux, l\u2019appel \u00e0 ce qui a \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 le \u00ab naf\u012br \u02bf\u0101mm \u00bb pour attaquer les zones alawites, aboutissant au massacre de mars 2025 qui a fait des milliers de victimes civiles. Et dans le m\u00eame contexte, les remerciements d\u2019un membre de la Commission de la paix populaire, Anas \u02bfAyr\u016b\u1e6d, aux tribus qui ont particip\u00e9 aux c\u00f4t\u00e9s des factions gouvernementales \u00e0 l\u2019invasion de Soue\u00efda, ont confirm\u00e9 le processus d\u2019attribution de l\u00e9gitimit\u00e9 politique et morale \u00e0 la violence autochtone organis\u00e9e (26).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur le plan m\u00e9diatique, les cha\u00eenes Al-Jazeera et Al-\u02bfArabiyya ont jou\u00e9 un r\u00f4le central dans la production d\u2019une narration trompeuse, les accusant les Druzes d\u2019avoir commis des massacres contre les B\u00e9douins et les factions arm\u00e9es gouvernementales, en contradiction flagrante avec les rapports des Nations Unies et d\u2019Amnesty International (27) et de Human Rights Watch (28), qui ont document\u00e9 des sch\u00e9mas diff\u00e9rents de violations contre les civils druzes. Ce contraste r\u00e9v\u00e8le le niveau d\u2019incitation et de contribution exerc\u00e9s par ces cha\u00eenes dans les massacres survenus contre les Alawites et les Druzes, sans mentionner leur diabolisation des Kurdes en Syrie depuis la chute du r\u00e9gime baasiste (29).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et l\u2019exp\u00e9rience druze intersecte ici avec celle des Y\u00e9zidis lors de l\u2019invasion de l\u2019organisation \u00c9tat islamique (Daesh) de leurs r\u00e9gions, lorsque des survivantes ont rapport\u00e9 que la violence ne provenait pas de l\u2019organisation seule, mais que des voisins locaux arabes sunnites y ont particip\u00e9, rejoignant Daesh et lui fournissant un soutien logistique et informationnel (30), et contribuant aux op\u00e9rations d\u2019enl\u00e8vement et de trafic des femmes dans des march\u00e9s d\u2019esclaves s\u2019\u00e9tendant de Mossoul \u00e0 des zones dans le nord de la Syrie, dont la prison \u00ab \u02bfUq\u0101b \u00bb \u00e0 Idlib, soumise alors \u00e0 l\u2019administration de Hay\u2019at Ta\u1e25r\u012br al-Sh\u0101m (31).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette similitude ne vise pas \u00e0 supposer une similitude compl\u00e8te entre les contextes, mais \u00e0 mettre en lumi\u00e8re un sch\u00e9ma r\u00e9current de violence collective, et l\u2019\u00e9chec de l\u2019id\u00e9e de \u00ab bonne voisinage \u00bb \u00e0 tisser des relations sociales ou nationales transcendant les identit\u00e9s. Et le recours de l\u2019organisation Hay\u2019at Ta\u1e25r\u012br al-Sh\u0101m \u00e0 la th\u00e9ologisation de la politique, \u00e0 la politicisation des identit\u00e9s primaires, \u00e0 la transformation du voisinage social en outil de meurtre, au d\u00e9mant\u00e8lement des structures civiles, et \u00e0 la destruction \u2014 \u00e0 l\u2019image du r\u00e9gime baasiste \u2014 de toute possibilit\u00e9 de transformer le tissu social en tissu national, \u00e9volue vers une forme de r\u00e9sistance politique contre la violence de l\u2019autorit\u00e9 transitionnelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les massacres subis par les Druzes aux mains du r\u00e9gime baasiste en 2000, de Jabhat al-Nosra en 2015, de l\u2019organisation \u00c9tat islamique (Daesh) en 2018, et de Hay\u2019at Ta\u1e25r\u012br al-Sh\u0101m en 2025, s\u2019interlieront pour produire une narration fondatrice de l\u2019identit\u00e9 druze \u00e0 l\u2019horizon du g\u00e9nocide. Le Druze n\u2019oubliera pas qu\u2019il est fils de son identit\u00e9 viol\u00e9e, ni le silence qui a envelopp\u00e9 la conscience de ceux qui ont partag\u00e9 avec eux le r\u00eave d\u2019une vie digne dans une g\u00e9ographie fissur\u00e9e par l\u2019histoire et le sang. Il n\u2019oubliera pas les ciseaux dont l\u2019a\u00een\u00e9 \u00ab Marhaj Sh\u0101h\u012bn \u00bb a \u00e9t\u00e9 humili\u00e9. Il n\u2019oubliera pas le rire des envahisseurs alors qu\u2019ils se d\u00e9lectaient en jetant les jeunes Druzes du balcon de leur maison apr\u00e8s leur ex\u00e9cution, ni les femmes druzes viol\u00e9es avant d\u2019\u00eatre tu\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et la chanson cri\u00e9e par Sam\u012b\u1e25 Shaq\u012br : \u00ab Ghazwat Humaj wa Sil\u0101\u1e25 \u00bb restera pr\u00e9sente dans la m\u00e9moire, non comme un thr\u00e8ne, mais comme un acte de rappel permanent, reconstruisant l\u2019identit\u00e9 druze avec une plus grande solidit\u00e9, et les yeux grands ouverts, les Druzes fixeront le massacre pour qu\u2019il ne se reproduise plus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Bibliographie :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(1) Sulaym\u0101n Sulaym \u2018Ilm al-D\u012bn,&nbsp;<em>Da\u2018wat al-Taw\u1e25\u012bd al-Durziyya, al-Mad\u0101ris al-Fikriyya wa al-Tay\u0101r\u0101t al-Siy\u0101siyya<\/em>. Beyrouth, D\u0101r N\u016bfal, 1998, pp. 235\u2500236.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(2) \u2018Abd al-Q\u0101hir al-Baghd\u0101d\u012b :&nbsp;<em>al-Farq bayn al-Firaq<\/em>. \u00c9dition critique : Mu\u1e25ammad \u2018Uthm\u0101n al-Khusht, Le Caire, D\u0101r Ibn S\u012bn\u0101, 1988, pp. 203\u2500204.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(3)&nbsp;<em>Majm\u016b\u2018 Fat\u0101w\u0101 Ibn Taymiyya<\/em>, vol. 3, Fiqh, B\u0101b \u1e24ukm al-Murtad, Mas\u2019ala \u1e24ukm al-Dur\u016bz wa al-Nu\u1e63ayriyya. Version \u00e9lectronique sur IslamWeb, p. 161, au lien suivant :&nbsp;<a href=\"https:\/\/isla.mw\/ao1zth\">https:\/\/isla.mw\/ao1zth<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(4) Mu\u1e25ammad Kurd \u2018Al\u012b,&nbsp;<em>Jabal al-Dur\u016bz wa Fitnatihim<\/em>,&nbsp;<em>Majallat al-Muqtabas<\/em>, n\u00b0 4, Damas, 1er avril 1910, p. 307.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(5) \u1e24an\u0101 Ba\u1e6d\u0101\u1e6d\u016b,&nbsp;<em>Fall\u0101\u1e25\u016b S\u016briy\u0101, Awl\u0101d Wuj\u0101h\u0101\u2019ihim al-R\u012bfiyy\u012bn al-Aqall Sh\u0101nan wa Siy\u0101s\u0101tihim<\/em>. Trad. : \u2018Abd All\u0101h F\u0101\u1e0dil et R\u0101\u2019id Naqshaband\u012b, Centre arabe pour les recherches et l\u2019\u00e9tude des politiques, Beyrouth, 2014, p. 223.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(6) Ouvrage cit\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, p. 229.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(7) Ouvrage cit\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(8) \u2018Abd al-Ra\u1e25m\u0101n al-Shih\u0101bandar,&nbsp;<em>al-Mudhakkir\u0101t<\/em>, D\u0101r al-Irsh\u0101d, Beyrouth, 1967, pp. 169\u2500170.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(9) \u1e24an\u0101 Ba\u1e6d\u0101\u1e6d\u016b,&nbsp;<em>Fall\u0101\u1e25\u016b S\u016briy\u0101, Awl\u0101d Wuj\u0101h\u0101\u2019ihim al-R\u012bfiyy\u012bn al-Aqall Sh\u0101nan wa Siy\u0101s\u0101tihim<\/em>, ouvrage cit\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, p. 43.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(10) Ouvrage cit\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, p. 49.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(11) \u00c0 ce sujet, voir : Khudr Khud\u016br et Kevin Maz\u016br,&nbsp;<em>Tuq\u0101yyul\u0101t min al-Sharq : al-D\u012bn\u0101miqiyy\u0101t al-Mutaghayyira f\u012b al-Man\u0101\u1e6diq al-Qabaliyya al-S\u016briyya<\/em>, Centre Malcolm Kerr Carnegie pour le Moyen-Orient, 28 f\u00e9vrier 2017, au lien suivant :&nbsp;<a href=\"https:\/\/carnegieendowment.org\/research\/2017\/02\/eastern-expectations-the-changing-dynamics-in-syrias-tribal-regions?lang=ar\">https:\/\/carnegieendowment.org\/research\/2017\/02\/eastern-expectations-the-changing-dynamics-in-syrias-tribal-regions?lang=ar<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(12) N\u016br al-D\u012bn \u1e92\u0101\u1e93\u0101,&nbsp;<em>\u1e24ay\u0101t\u012b al-Kurdiyya<\/em>, trad. : R\u016bn\u012b Mu\u1e25ammad Dumr\u012b, Erbil, D\u0101r \u0100r\u0101s, 2001, p. 177.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(13) Special Procedures,&nbsp;<em>Syria : UN experts alarmed by attacks on Druze communities, including sexual violence against women and girls<\/em>, Gen\u00e8ve, 21 ao\u00fbt 2025,&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.ohchr.org\/en\/press-releases\/2025\/08\/syria-un-experts-alarmed-attacks-druze-communities-including-sexual-violence\">https:\/\/www.ohchr.org\/en\/press-releases\/2025\/08\/syria-un-experts-alarmed-attacks-druze-communities-including-sexual-violence<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(14) Discours d\u2019A\u1e25mad al-Shar\u02bf sur les \u00e9v\u00e9nements de Soue\u00efda. Sur YouTube. 19 juillet 2025, minute 03:05, au lien suivant :&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=ULAdkrZTqxA\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=ULAdkrZTqxA<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(15) Y\u016bsuf Fakhr al-D\u012bn et Him\u0101m al-Kha\u1e6d\u012bb,&nbsp;<em>al-Taw\u1e93\u012bf f\u012b al-\u1e62ir\u0101\u2018\u0101t al-\u1e0ciddiyya : Sul\u1e6dat al-Asad wa Tandh\u012bm al-Dawla al-Isl\u0101miyya<\/em>, Publications du Centre d\u2019\u00e9tudes de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique et du Centre syrien d\u2019\u00e9tudes juridiques, 2020, p. 19.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(16) Ouvrage cit\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, p. 99.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(17) Nations Unies, Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale,&nbsp;<em>Rapport de la Commission internationale ind\u00e9pendante d\u2019enqu\u00eate sur la R\u00e9publique arabe syrienne<\/em>, 14 septembre\u20132 octobre 2020, articles 56\/59\/60\/63\/64, pp. 13\/16,&nbsp;<a href=\"https:\/\/docs.un.org\/en\/A\/HRC\/45\/31\">https:\/\/docs.un.org\/en\/A\/HRC\/45\/31<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(18)&nbsp;<em>Al-Quds al-\u02bfArab\u012b<\/em>&nbsp;: \u00ab Un habitant des villages \u2018druzes\u2019 dans la campagne d\u2019Idlib : \u2018Jabhat al-Nosra\u2019 a commenc\u00e9 \u00e0 construire de petites mosqu\u00e9es et nous a impos\u00e9 les enseignements du programme salafiste-djihadiste \u00bb, 17 f\u00e9vrier 2015 :&nbsp;<a href=\"https:\/\/2u.pw\/wWIBha\/\">https:\/\/2u.pw\/wWIBha\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(19) R\u00e9seau syrien pour les droits humains, Rapport :&nbsp;<em>Principales violations de Hay\u2019at Ta\u1e25r\u012br al-Sh\u0101m depuis la fondation de Jabhat al-Nosra<\/em>, 31 janvier 2022,&nbsp;<a href=\"https:\/\/2u.pw\/vNR8o\">https:\/\/2u.pw\/vNR8o<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(20) Barth, Frederick,&nbsp;<em>Les groupes ethniques et leurs fronti\u00e8res<\/em>, dans Poutignat, P. et J. Streiff-Fenart,&nbsp;<em>Th\u00e9ories de l\u2019ethnicit\u00e9<\/em>, Paris, PUF, pp. 203-249.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(21) Mann L, Feddes AR, Leiser A, Doosje B et Fischer AH (2017)&nbsp;<em>When Is Humiliation More Intense? The Role of Audience Laughter and Threats to the Self<\/em>. Front. Psychol. 8:495. doi: 10.3389\/fpsyg.2017.00495.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(22) Mann L, Feddes AR, Leiser A, Doosje B et Fischer AH (2017)&nbsp;<em>When Is Humiliation More Intense? The Role of Audience Laughter and Threats to the Self<\/em>. Front. Psychol. 8:495. doi: 10.3389\/fpsyg.2017.00495.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(23) Omer Bartov,&nbsp;<em>Mirrors of Destruction: War, Genocide, and Modern Identity<\/em>, Oxford University Press, 2000, pp. 29-30.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(24) Bernhard Giesen,&nbsp;<em>Cultural Trauma and Collective Identity. The Trauma of Perpetrators, the Holocaust as the Traumatic Reference of German National Identity<\/em>, University of California Press, Berkeley, Californie, 2004, pp. 113-114.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(25) Maurice Halbwachs,&nbsp;<em>La m\u00e9moire collective<\/em>, version num\u00e9rique produite par Mme Lorraine Audy et Jean-Marie, dans le cadre de la collection \u00ab Les classiques des sciences sociales \u00bb, 2001, pp. 27-28.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(26) \u00ab Appels \u00e0 d\u00e9clarer Soue\u00efda sinistr\u00e9e \/ al-Shar\u02bf s\u2019ent\u00eate : Nous combattons avec les tribus \u00bb, journal&nbsp;<em>Al-Akhb\u0101r<\/em>, 19 juillet 2025, au lien suivant :&nbsp;<a href=\"https:\/\/2u.pw\/ReN2k\">https:\/\/2u.pw\/ReN2k<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(27) Amnesty International,&nbsp;<em>Syria : New investigation reveals evidence government and affiliated forces extrajudicially executed dozens of Druze people in Suwayda<\/em>, 2 septembre 2025,&nbsp;<a href=\"https:\/\/2u.pw\/3RNvn\">https:\/\/2u.pw\/3RNvn<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(28) Human Rights Watch,&nbsp;<em>Syria : Abuses, Humanitarian Emergency Amid Sweida Clashes<\/em>, 22 juillet 2025,&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.hrw.org\/news\/2025\/07\/22\/syria-abuses-humanitarian-emergency-amid-sweida-clashes\">https:\/\/www.hrw.org\/news\/2025\/07\/22\/syria-abuses-humanitarian-emergency-amid-sweida-clashes<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(29) Ra\u2019fat Ab\u0101z\u012bd, \u00ab Massacre et exode collectif des B\u00e9douins de la campagne de Soue\u00efda apr\u00e8s le retrait des forces de l\u2019arm\u00e9e \u00bb,&nbsp;<em>Al-Jazeera.net<\/em>, 17 juillet 2025, au lien suivant :&nbsp;<a href=\"https:\/\/2u.pw\/sbfMX\">https:\/\/2u.pw\/sbfMX<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(30) Jiz\u0113l Kh\u016br\u012b, programme&nbsp;<em>Al-Mashhad<\/em>&nbsp;sur BBC Arabic,&nbsp;<em>M\u0101s\u0101t al-\u02be\u012az\u012bdiyy\u012bn f\u012b al-\u02bfIr\u0101q<\/em>, t\u00e9moignage de Layl\u0101 Tal\u016b, programme&nbsp;<em>Al-Mashhad<\/em>&nbsp;sur BBC Arabic, 8 novembre 2018, minute 03:04, au lien suivant :&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=Et0BMIoflO8\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=Et0BMIoflO8<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(31) L\u0101m\u0101r Arkand\u012b :&nbsp;<em>Sitt Sanaw\u0101t f\u012b al-Ja\u1e25\u012bm<\/em>, t\u00e9moignage choquant de Shireyh\u0101n Rash\u016b, Sky News Arabia, 25 d\u00e9cembre 2020, au lien suivant :&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.skynewsarabia.com\/middle-east\/1403054\">https:\/\/www.skynewsarabia.com\/middle-east\/1403054<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><br>P.S. : Le texte original, soumis par l\u2019auteur en arabe, a \u00e9t\u00e9 traduit en fran\u00e7ais et\/ou en anglais \u00e0 l\u2019aide d\u2019outils d\u2019intelligence artificielle, avec une r\u00e9vision humaine ult\u00e9rieure afin d\u2019en garantir l\u2019exactitude. La version arabe originale demeure la r\u00e9f\u00e9rence d\u00e9finitive pour les id\u00e9es, les arguments et le contenu scientifique de l\u2019auteur, et elle est consult\u00e9e en cas de divergences ou de difficult\u00e9s d\u2019interpr\u00e9tation entre les diff\u00e9rentes versions linguistiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><br><em>Swaida Intellectual Digital Magazine<\/em>. (2026). Vol. 1(3). ISSN: 3099-3172 (online).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sami Daoud IntroductionLe g\u00e9nocide g\u00e9n\u00e8re chez ses survivants une conscience de la n\u00e9cessit\u00e9 de se r\u00e9organiser selon une conception identitaire radicalement diff\u00e9rente. 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