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Al-Mashqouq : Une étude historique et archéologique complète

Préparation et documentation : Wadaah Al Hajaly

Mots-clés : Archéologie nabatéenne, Architecture romaine, Période byzantine, Islam médiéval ; Al-Mashqouq ; Salkhad ; Hauran ; Syrie du sud ; Inscriptions ; Patrimoine culturel ; Modèles de peuplement ; Levant

Résumé

Le village d’Al-Mashqouq dans le sud d’Al-Suwayda représente un site archéologique significatif documentant les modèles de peuplement humain dans le Jabal al-Arab depuis l’âge de pierre jusqu’à l’époque moderne. Cette étude complète intègre des prospections de terrain, une documentation historique et des restes archéologiques pour reconstituer la séquence chronologique complexe du site. Le village préserve des preuves d’occupations successives comprenant les périodes nabatéenne, romaine, byzantine et islamique, aboutissant à la réinstallation moderne commençant en 1909. Les monuments clés incluent une tour datée de 351 de notre ère portant une inscription grecque détaillant les coûts de construction et la main-d’œuvre, le complexe Al-Mashqouq Deir avec des phases s’étendant de l’époque hadrianique à la période médiévale, et de nombreuses inscriptions en grec, araméen et script coufique. Les vestiges architecturaux du site, en particulier le temple de style classique transformé ultérieurement en monastère et église chrétiens, illustrent les transitions religieuses et culturelles de la région de Hauran. L’analyse des preuves épigraphiques fournit de nouvelles perspectives sur les pratiques religieuses nabatéennes et les conditions économiques de l’Antiquité tardive. Cette documentation préserve des preuves critiques pour comprendre la synthèse culturelle et la culture matérielle du Hauran méridional au cours de périodes de changements civilisationnels majeurs.

Introduction

Le village d’Al-Mashqouq représente un modèle vivant de l’histoire de l’établissement humain dans le Jabal al-Arab, où des civilisations successives ont laissé leur marque depuis l’âge de pierre jusqu’à l’époque moderne. Ce rapport vise à documenter l’histoire du village et ses caractéristiques archéologiques sur la base de prospections de terrain et de sources historiques et archéologiques, en organisant l’étude en thèmes majeurs couvrant la géographie, la chronologie historique, les monuments architecturaux et les inscriptions.

Section première : Géographie et histoire moderne

Localisation et nomenclature

Le village d’Al-Mashqouq est situé sur une élévation rocheuse s’élevant à 1 240 mètres au-dessus du niveau de la mer, entourée de collines volcaniques et de vallées qui forment une plaine fertile. Le village se trouve à environ 12 kilomètres de la frontière jordanienne et à 7 kilomètres au sud de la ville de Salkhad. Il est bordé par plusieurs villages et caractéristiques topographiques, notamment : Anz, Sima al-Bardan, Tahwala, Qumayri, Tell al-Habs et Tell Abdmar.

Le nom « Al-Mashqouq » est réputé être relativement récent, une modification de « Umm al-Shqouq » (Mère des Fissures), un nom dérivé des nombreuses et grandes fissures rocheuses dispersées sur le site. Ces fissures, ainsi que les réservoirs et les bassins d’eau naturels (matkh), servaient de source d’eau principale. Le village contient quatre anciens réservoirs, dont deux ont été comblés, ainsi que des puits anciens et des citernes, notamment une grande citerne dans la région du Deir qui a été comblée.

Reconstruction moderne et peuplement

L’histoire moderne du village a commencé vers 1909, lorsqu’il a été repeuplé par des familles en provenance de la ville de Salkhad, notamment les familles al-Hagli, Aziz, al-Shariti, Obaid et al-Jammal. Les nouveaux résidents ont restauré des maisons anciennes pour l’habitation et mis en valeur les terres agricoles.

Au cours du siècle dernier, le village a connu un développement urbain représenté par la construction de bâtiments patrimoniaux distincts, notamment :

  • Maison de Selim al-Hagli (1910)
  • Maison d’hôtes d’Abdullah al-Hagli (1921)
  • Maison du combattant Salih Aziz (1941-1947) : considérée comme l’une des plus grandes maisons de la montagne, construite sur une superficie de 14 dunams, dotée d’un mur, de trois portes et d’une grande maison d’hôtes
  • Maison d’Ali al-Hagli (1957) : remarquable par sa façade datée
  • École primaire : datant de la période du Mandat français

Le village abrite également un musée privé contenant des artefacts patrimoniaux et archéologiques qui documentent l’histoire de la région à travers les âges.

Section deuxième : Chronologie historique

La région a connu un peuplement intermittent depuis l’âge de pierre, en passant par les périodes cananéenne, nabatéenne, romaine, byzantine et islamique, aboutissant à l’établissement moderne. Le voyageur Butler de l’expédition de l’Université de Princeton a décrit le village en 1905, se référant à sa position imposante et au bon état de ses bâtiments anciens, et a noté l’utilisation des pierres du temple du Monastère d’Al-Mashqouq dans la construction de maisons privées.

1. Âges de la pierre

Les prospections de terrain indiquent la présence d’outils en silex et de restes d’outils lourds aux alentours du village, en particulier dans la zone « Ard al-Awjah » à l’ouest du village. Une hache en silex, des pointes de lance et des flèches en pierre et basalte ont été trouvées à proximité de grottes naturelles, indiquant une activité humaine paléolithique dans la région.

2. Âges du bronze et du fer

La région était liée aux civilisations cananéenne et amorrite. Malgré la rareté des artefacts visibles de cette période due aux civilisations successives, il existe des indicateurs architecturaux dans une résidence composée de pièces et de chambres souterraines couvertes construites selon le système des linteaux et des colonnes sans arches, ainsi qu’un site archéologique au nord du village contenant de la céramique et des inscriptions ressemblant à des caractères safaitiques, et des restes de bâtiments primitifs aux alentours du village.

3. Période nabatéenne

Le village est un site nabatéen important, contenant des vestiges éminents, notamment le temple du Deir et des inscriptions nabatéennes, y compris une inscription dans le temple nabatéen à l’est du village (Deir d’Al-Mashqouq).

4. Périodes romaine et byzantine

La plupart des bâtiments archéologiques existants datent de la période classique (IVe siècle de notre ère et après). Les monuments les plus importants incluent :

  • Un bâtiment résidentiel à deux étages avec une façade sud et une fenêtre avec un auvent en pierre
  • Un bâtiment adjacent avec un couloir dallé et une porte en pierre
  • De vastes voûtes et écuries qui ont conservé leur forme d’origine
  • Des inscriptions grecques documentant les noms de personnes et de guerriers, y compris des inscriptions funéraires

5. Périodes islamiques

Le village a continué à prospérer au cours des périodes islamiques, servant de point défensif à l’époque omeyyade. Le peuplement a continué jusqu’à l’époque mamelouke (XVe siècle), lorsque les bâtiments anciens ont été restaurés et de nouvelles structures ont été ajoutées. Des inscriptions coufiques datant des périodes abbassides et omeyyades ont été documentées, en addition aux inscriptions ayyoubides et mameloukes.

Section troisième : Monuments archéologiques (La tour et Al-Kufayr)

1. La tour

Une grande tour carrée s’élevait autrefois au centre du village. L’archéologue français Waddington l’a décrite lors de son expédition dans le Hauran en 1861. Butler a documenté la tour en 1905, notant sa forme convexe distinctive et la présence de créneaux défensifs. Une inscription grecque (positionnée à l’envers, indiquant une réutilisation secondaire) a été trouvée sur sa façade orientale, datant sa construction de 351 de notre ère.

Texte de l’inscription traduite : « Bonne fortune ! La tour a été construite avec succès. Passus, un ancien guerrier, ancien commandant d’une cohorte, a servi en Mésopotamie. Syrianus était l’architecte. Dépense : 10 000 fois 1 575 deniers. Année 245 [calendrier séleucide, correspondant à 351 de notre ère]. »

L’inscription indique une inflation financière au cours de cette période et mentionne le nom de l’architecte « Syrianus ». Il est estimé que la tour s’est effondrée entre 1905 et 1911, bien que ses fondations subsistent dans l’une des anciennes maisons.

2. Khirbat al-Kufayr (Umm al-Blayat)

Située au sud d’Al-Mashqouq, ce site archéologique a connu un peuplement jusqu’à l’époque mamelouke. Ses bâtiments ont été démontés et leurs pierres ont été utilisées dans les villages voisins (comme Anz).

Le site contient des citernes et des puits anciens, ainsi que la source « Ein al-Kufayr ». Butler a noté l’absence de grandes structures classiques, suggérant que les reliefs païens et les autels trouvés dans ses bâtiments chrétiens ultérieurs ont été transférés depuis le monastère adjacent d’Al-Mashqouq.

Inscriptions et découvertes les plus importantes à al-Kufayr :

  • Un autel portant un relief sculpté d’un homme barbu (supposé être l’Empereur Julien en costume sacerdotal)
  • Une pierre tombale pour une femme de la famille Hieronymus (318 de notre ère)
  • Une inscription défacée mentionnant la construction d’un « theatron » (amphithéâtre) attribué au temple d’Al-Mashqouq

3. Monastère d’Al-Mashqouq (Deir al-Mashqouq)

Le « Deir d’Al-Mashqouq » représente le monument le plus éminent, malgré son état actuel de ruines. Ce site a subi plusieurs phases :

Temple païen nabatéen (IIe siècle de notre ère) : Construit dans le style classique de l’époque hadrianique (et non le style nabatéen local des temples de Se’a). Une inscription nabatéenne a été découverte à l’intérieur, datée de la septième année du règne d’Hadrien (124 de notre ère).

Église chrétienne primitive : Les colonnes et le portique ont été enlevés et de nouveaux murs ont été ajoutés.

Retour au paganisme (époque de Julien l’Apostat) : Les inscriptions (en particulier une transférée au village d’Anz) indiquent la reconstruction et la redédicace du temple en 362 de notre ère.

Monastère chrétien (VIe siècle) : La construction s’est étendue pour inclure des bâtiments monastiques.

Habitation au Moyen Âge.

Inscriptions associées au Deir :

  • Inscription nabatéenne : « Cet autel, que Mu’ain fils d’Aqrab a construit dans le temple du dieu Ashar, dieu de Mu’ain, en la septième année du César Hadrien (124 de notre ère). » La mention du dieu « Ashar » (et non « Asad » comme on l’a longtemps cru) indique un lien avec les divinités de Palmyre et d’Al-Hatr.
  • Inscription de rénovation (transférée à Anz) : Documente la reconstruction et la redédicace du temple en 362 de notre ère sous le règne de l’Empereur Julien.
  • Inscription « Theatron » : Indique la présence d’un amphithéâtre ou d’une cour pour les cérémonies religieuses attachée au temple, probablement contenant le grand autel.

Conclusion

Le village d’Al-Mashqouq dans le sud d’Al-Suwayda, à travers ses vestiges architecturaux diversifiés et ses inscriptions multilingues, fournit des preuves matérielles significatives pour comprendre les transformations religieuses et sociales dans la région du sud du Hauran, et démontre l’entrecroisement des civilisations nabatéenne, romaine, chrétienne et islamique dans un seul tissu urbain.


Références

Sartre-Fauriat, A., & Sartre, M. (à paraître). Inscriptions Grecques et Latines de la Syrie (IGLS), XVI.

Butler, H. C. Ancient Architecture in Syria: The Southern Hauran. Publications of an American Archaeological Expedition to Syria in 1899-1900.

Littmann, E. (1925). Greek and Latin Inscriptions in Syria: Southern Hauran. Annual of the American Schools of Oriental Research, VI.

Khalaf, T. Études sur les inscriptions nabatéennes. [En arabe]

Prospections et documentation de terrain. (2025). Dirigées par Wadah Al-Hagli, Al-Suwayda, Syrie.

Swaida Intellectual Digital Magazine 1, 2026, ISSN: 3099-3172 (online)

Reference Number: SIDM-2025-0035